Le torchon brûle entre Pape Bouna Thiaw et la Fédération sénégalaise de football (FSF). Quelques semaines après la fin de sa mission à la tête des Lions de la Téranga, l’ancien sélectionneur national passe à l’offensive sur le terrain judiciaire. Par l’intermédiaire de son avocat, Me Guédel Ndiaye, il a adressé une mise en demeure à l’instance fédérale pour obtenir le paiement de 423 820 300 francs CFA, correspondant à des salaires, primes, indemnités et frais professionnels qu’il affirme ne pas avoir perçus.

Six mois de salaires au cœur du conflit

Selon la mise en demeure, Pape Thiaw et la FSF étaient liés par un contrat de travail à durée déterminée de 36 mois, courant du 1er mars 2026 au 28 février 2029. Le document prévoyait notamment une rémunération mensuelle nette de 30 millions de francs CFA, avec un effet rétroactif au 1er mars 2026. Les arriérés devaient, selon les conseils du technicien, être réglés au moment de la signature du contrat.

Or, affirme son avocat, aucun salaire n’aurait été versé à Pape Thiaw depuis mars 2026. Le seul poste des salaires représente ainsi 180 millions de francs CFA, soit six mensualités de 30 millions. À cette somme viennent s’ajouter plusieurs avantages contractuels et primes.

Le décompte communiqué fait notamment état de 90 millions de francs CFA au titre du reliquat de la prime de signature, de 30 millions de prime spéciale, de 12 millions d’indemnités de logement, de plus d’un million de francs pour le forfait carburant ainsi que de frais et débours professionnels.

100 millions liés aux performances des Lions

La réclamation ne s’arrête pas aux salaires et avantages contractuels. Pape Thiaw réclame également 100 millions de francs CFA correspondant à des primes liées aux performances des Lions, notamment au titre du sacre continental et de la qualification pour la Coupe du monde 2026. Des frais de déplacement engagés lors d’une tournée effectuée en avril 2026 figurent également dans le dossier.

Au total, l’addition atteint donc 423 820 300 FCFA, une somme qui place désormais la Fédération sénégalaise de football devant un sérieux problème contractuel et financier.

Un conflit qui dépasse le simple différend salarial

Cette affaire intervient dans un contexte particulièrement tendu. La FSF a annoncé en juillet la fin de sa collaboration avec Pape Thiaw et l’ensemble de son staff après la campagne du Sénégal à la Coupe du monde 2026, estimant que les résultats obtenus étaient en deçà des ambitions du football sénégalais. Le président de la FSF, Abdoulaye Fall, avait toutefois rendu hommage au travail accompli par le technicien.

Mais derrière cette rupture sportive se profile désormais une bataille autour de la validité et de l'exécution du contrat. La ministre sénégalaise de la Jeunesse et des Sports, Djireye Clotilde Coly, avait indiqué fin juillet que l’État ne prendrait pas en charge la rémunération de Pape Thiaw, le contrat concerné n’ayant, selon elle, pas été validé par le ministère.

C’est précisément sur ce terrain que pourrait se jouer la prochaine manche du bras de fer : qui doit payer et sur quelle base contractuelle ?

La FSF désormais sommée de réagir

La mise en demeure, signifiée à la Fédération par voie d’huissier le 13 août, constitue une étape formelle avant une éventuelle procédure judiciaire. Les conseils de Pape Thiaw demandent un règlement de la créance et privilégient, à ce stade, une issue amiable avant d’envisager d’autres recours.

Pour la FSF, l’enjeu est considérable. Au-delà des 423,8 millions de francs CFA réclamés, le dossier pose la question de la gestion des contrats de l’encadrement des équipes nationales et des responsabilités respectives de la Fédération et de l’État sénégalais.

L’affaire tombe également à un moment délicat pour l’instance dirigeante du football sénégalais, qui doit tourner la page Pape Thiaw et préparer la succession du technicien. La bataille financière pourrait ainsi rapidement devenir une nouvelle crise institutionnelle.

Pour l’heure, la Fédération sénégalaise de football n’a pas publiquement donné sa version détaillée sur les montants réclamés. Le prochain mouvement appartient donc à l’instance fédérale : négociation, contestation ou confrontation devant les juridictions compétentes. Une chose est certaine : après avoir quitté le banc des Lions, Pape Thiaw n’entend pas quitter la scène sans réclamer ce qu’il estime être son dû.

 

Zacharie GANGBO