Alors qu’il avait catégoriquement rejeté la création du Sénat et annoncé qu’il n’y siégerait jamais, l’ancien président de la République, Boni Yayi, revoit sa position. Dans un message adressé aux Béninois, il annonce qu’il exercera finalement son droit de sénateur, estimant que la nouvelle institution pourrait devenir un cadre de dialogue politique au service de la Nation.

Un changement de cap assumé

C’est un revirement qui marque un tournant dans le débat politique autour du Sénat. Farouche opposant à la mise en place de cette institution, Boni Yayi avait jusque-là affirmé qu’il ne prendrait pas part à ses travaux, dénonçant son opportunité dans le contexte politique actuel.

Mais l’ancien chef de l’État explique avoir revu sa position après une profonde réflexion. Selon lui, l’évolution de la situation nationale l’a conduit à considérer le Sénat sous un autre angle, celui d’un espace susceptible de favoriser les échanges entre les acteurs politiques et de porter les préoccupations des citoyens.

« Après mûre réflexion, il apparaît dès lors que le Sénat pourrait être un cadre de dialogue politique interne destiné à porter la voix et les attentes du peuple », a-t-il déclaré.

« Je n’en suis pas demandeur, c’est la Constitution »

Pour justifier sa décision, Boni Yayi insiste sur le fait qu’il ne s’agit pas d'une démarche personnelle, mais de l’exercice d’un droit que lui confère la Constitution.

« Je compte exercer mon droit de sénateur afin d’œuvrer pour l’idéal de notre patrie commune. Je n’en suis pas demandeur, c’est la Constitution », affirme-t-il.

À travers cette déclaration, l’ancien président entend dissiper toute interprétation selon laquelle il aurait sollicité cette fonction. Il présente plutôt sa présence au Sénat comme un devoir républicain au service de l’intérêt général.

Une décision qui relance le débat politique

Cette nouvelle posture ne devrait pas laisser indifférente la classe politique. Celui qui s’était montré l’un des plus virulents critiques du Sénat choisit désormais d’y siéger, un changement qui pourrait relancer les discussions sur le rôle de cette institution dans le fonctionnement des institutions béninoises.

 

Au-delà de son caractère symbolique, cette décision soulève déjà de nombreuses interrogations sur les conséquences politiques de ce revirement et sur la place que l’ancien président entend occuper au sein de la nouvelle chambre parlementaire.

 

Zacharie GANGBO 

 

Lire ci-dessous l’intégralité de sa déclaration 👇👇👇👇👇👇👇👇👇👇👇👇👇👇👇👇

Mes chers compatriotes,

Au moment où le projet de loi portant révision de la Constitution et instituant le Sénat a été introduit, et avant même son examen par la Commission des lois de l’Assemblée nationale, j’avais publiquement fait connaître ma position, en indiquant clairement que je n’envisageais pas de siéger au sein de cette institution, pour les raisons que j’avais alors exposées.

La loi a été votée et promulguée. Depuis lors, le contexte national a considérablement évolué et beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. Notre pays fait face à de nouvelles réalités institutionnelles, notamment la mise en place d’un Parlement monocolore.

Les cadres de dialogue politique sont devenus quasi inexistants voire considérablement réduits, alors même que notre démocratie a plus que jamais besoin d’espaces d’échanges et de débats.

Chers compatriotes,

Je partage les préoccupations du peuple quant à la nécessaire décrispation de la vie politique, à travers la prise en compte des priorités qui ont toujours été les miennes, à savoir : le respect des droits de l’Homme et des libertés fondamentales incompatible avec l’existence de prisonniers et d’exilés politiques, le renforcement des acquis de l’unité nationale, la sécurité, la défense du territoire, le dialogue, la démocratie et la paix.

Je vous rassure : je connais vos aspirations fondées sur la justice, la démocratie , le pain et la paix.

Je resterai fidèle à vos valeurs qui ont toujours guidé mon engagement politique.

C’est pourquoi, après mûre réflexion, il apparaît dès lors que le Sénat pourrait être un cadre de dialogue politique interne destiné à porter la voix et les attentes du peuple.

Mes Très chers compatriotes,

En vertu de l’article 113-3 de la constitution, je compte exercer mon droit de sénateur afin d’œuvrer pour l’idéal de notre patrie commune. Je n’en suis pas demandeur, c’est la constitution.

Je m’efforcerai avec mes collègues à faire du Sénat un vase d’honneur pour les intérêts du peuple.

Continuons de prier pour notre pays et d’œuvrer pour la paix, la justice, la sécurité et la démocratie.

Union de prières.

Dieu bénisse le Bénin !