L'Assemblée nationale du Bénin a adopté, ce vendredi 10 juillet 2026, la loi n°2026-14 abrogeant les dispositions du Code électoral relatives à la Commission électorale nationale autonome (CENA). Cette réforme entraîne la disparition juridique de l'actuelle CENA, dont le mandat des membres arrive prochainement à expiration, en attendant la mise en place d'un nouveau dispositif institutionnel.

À l'origine de cette proposition de loi, le député Augustin Ahanvoébla justifie la réforme par deux principaux arguments. Le premier porte sur le décalage entre le mandat de cinq ans des membres de la CENA et celui de sept ans des principales institutions issues des élections, notamment le président de la République, les députés et les conseillers communaux. Selon le rapport présenté devant les députés, une CENA installée en 2026 ne serait pas en mesure d'organiser les élections générales prévues en 2033.

Le second argument est d'ordre budgétaire. Les auteurs de la proposition estiment que le maintien d'une institution dont le mandat s'achèverait avant les prochaines élections générales représenterait une charge financière supplémentaire pour l'État, sans réelle plus-value.

Cette réforme ne fait toutefois pas l'unanimité. Plusieurs observateurs de la vie politique nationale contestent les justifications avancées et s'interrogent sur les conséquences de cette restructuration. À leurs yeux, le maintien d'une institution électorale permanente favorise l'accumulation de l'expérience, le renforcement des capacités techniques et une meilleure préparation des scrutins.

Ces analystes redoutent qu'une installation de la future CENA à l'approche des élections générales de 2033 ne réduise le temps nécessaire à son organisation et à la maîtrise des processus électoraux. Ils estiment qu'une telle configuration pourrait susciter des interrogations sur la qualité de la préparation des consultations électorales.

Pour certains commentateurs, cette réforme traduit un changement profond dans la perception de l'institution électorale. Ils rappellent que la CENA a organisé plusieurs élections ayant conduit à l'installation des actuels responsables politiques, tout en s'interrogeant sur la place qui lui est désormais accordée dans l'architecture institutionnelle du pays.

Au-delà des arguments juridiques et financiers, cette réforme ouvre un débat plus large sur le modèle de gouvernance électorale que le Bénin entend privilégier pour les prochaines échéances. Entre recherche d'efficacité, maîtrise des dépenses publiques et impératif de crédibilité du processus électoral, les interrogations restent nombreuses sur les effets à long terme de cette restructuration.

 

Zacharie GANGBO