Moins de deux semaines après l’installation du gouvernement, l’exécutif béninois met sur la table ses premières mesures sociales. Lors du Conseil des ministres du 3 juin 2026, le président Romuald WADAGNI a validé un ensemble de décisions touchant la santé, l’éducation et l’agriculture. Elles ont été détaillées le 5 juin à Cotonou par le ministre porte-parole Wilfried Léandre HOUNGBÉDJI et le ministre de la Santé Benjamin Hounkpatin.

Le cœur du dispositif concerne la prise en charge immédiate des urgences vitales. Désormais, tout patient dont le pronostic vital est engagé sera soigné sans avance de frais dans les hôpitaux et centres de santé publics.

Pour y parvenir, l’État débloque 1 milliard FCFA afin de garantir la disponibilité des médicaments et consommables essentiels directement dans les services d’urgences. À cela s’ajoutent 10 milliards FCFA destinés à raccorder à l’eau potable et à l’électricité les formations sanitaires qui en manquent. « Le principe est simple : on soigne d’abord, on discute des frais ensuite », a expliqué Benjamin Hounkpatin. Sont visées les situations où chaque minute compte : infarctus, hémorragie sévère, convulsion chez l’enfant, hypoglycémie profonde, hémorragie post-partum. Une appendicite, si elle n’engage pas la vie immédiatement, ne relève pas de ce périmètre.

Le mécanisme s’applique à l’ensemble de la population. Les bénéficiaires de l’assurance maladie classés « pauvres extrêmes » restent couverts à 100%, les « pauvres non-extrêmes » à 50%. Pour les autres patients incapables de payer sur le champ, un échéancier sera négocié après la prise en charge. Le gouvernement promet de sanctionner tout refus de soin avéré et annonce l’accélération du programme de nutrition pour les enfants de 0 à 1000 jours.

À l’école, la gratuité s’étend aux filles du secondaire

En matière d’éducation, l’exécutif généralise la gratuité de la scolarité aux filles inscrites dans l’enseignement secondaire général et technique public. La mesure entre en vigueur à la rentrée 2026-2027 et couvre désormais le second cycle et l’enseignement technique.

Pour accompagner cette extension, 20 milliards FCFA sont mobilisés afin d’améliorer l’accès à l’eau et à l’électricité dans les établissements qui en sont encore dépourvus.

Côté université, un comité de travail est chargé de formuler des propositions pour relancer les services sociaux : transport, hébergement, restauration. Les premières recommandations sont attendues au prochain Conseil des ministres. Sur le terrain, des bus neufs sont déjà visibles sur le campus d’Abomey-Calavi.

En agriculture, des primes pour soutenir quatre filières

Le volet agricole prévoit des primes exceptionnelles au bénéfice des producteurs de coton, de cajou, de soja et de riz. L’objectif est de soutenir les revenus paysans et de renforcer des filières jugées stratégiques pour l’économie nationale.

Ces mesures sont intégrées au projet de loi de finances rectificative 2026. Le budget de l’État est ainsi porté à 4 086,620 milliards FCFA soit 8% de plus que le budget initial. Les investissements progressent de 8,5% tandis que la masse salariale recule de 9,8%, sans remise en cause des recrutements programmés.

Un message politique : tenir les engagements sans repartir de zéro

Pour le porte-parole du gouvernement, ces décisions illustrent la volonté de s’inscrire dans la « continuité positive ». « Le président n’a pas à démonter ce qui fonctionne. Il s’agit d’aller plus loin sur des bases solides », a déclaré Wilfried Léandre Houngbédji.

Les deux ministres ont également appelé à la responsabilité individuelle. Ils comptent sur la bonne foi des usagers capables de payer pour préserver l’équilibre financier du dispositif sanitaire.

 

Par Pierre SETONDJI (Collaboration)