Le coton béninois entre dans une nouvelle ère. Pour la campagne agricole 2026-2027, le gouvernement entend accélérer la transformation de cette filière stratégique à travers le numérique et les innovations technologiques. Intelligence artificielle, géolocalisation des exploitations, suivi numérique des cultures et modernisation du conseil agricole constituent désormais des leviers importants de cette ambition. L'objectif est clair : améliorer les rendements, mieux encadrer les producteurs et renforcer la compétitivité du coton béninois sur les marchés internationaux.

Longtemps considéré comme le moteur des exportations agricoles du Bénin, le coton fait face à plusieurs défis. Les déficits pluviométriques, la dégradation de la fertilité des sols, les attaques de ravageurs, notamment les jassides, ainsi que les difficultés liées à la mécanisation ont pesé sur les performances de la filière. La production nationale, qui dépassait autrefois les 700 000 tonnes, est tombée à 533 112 tonnes au titre de la campagne 2025-2026.

Pour inverser cette tendance, les autorités misent sur une agriculture davantage pilotée par les données et les nouvelles technologies. Une plateforme numérique est notamment envisagée dans le cadre du programme pilote de protection sociale. Elle permettra d'identifier et de géolocaliser les producteurs et leurs parcelles, de suivre les opérations culturales, de contrôler l'utilisation des intrants et de disposer de données plus fiables sur les rendements. La digitalisation du conseil agricole, avec le recours à l'intelligence artificielle, figure également parmi les innovations annoncées par le gouvernement.

Cette orientation devrait faciliter le travail des structures d'encadrement agricole. Grâce à une meilleure connaissance des exploitations, les interventions pourront être davantage adaptées aux réalités du terrain. Les producteurs pourront bénéficier de conseils techniques plus ciblés, tandis que les responsables de la filière disposeront d'informations utiles pour anticiper les besoins en intrants et mieux organiser les campagnes agricoles.

700 000 tonnes dans le viseur

La modernisation technologique s'accompagne d'autres mesures destinées à améliorer la productivité. Le gouvernement met notamment l'accent sur la maîtrise de l'eau, la restauration de la fertilité des sols, l'utilisation de semences performantes et la mécanisation de nouvelle génération. Le programme d'un million de citernes annoncé dans les zones cotonnières vise également à réduire les conséquences des poches de sécheresse. À cela s'ajoute la mise à l'échelle des biofertilisants ionisants pour améliorer l'assimilation des éléments nutritifs par les plantes.

Sur le plan des ambitions chiffrées, le défi est particulièrement important. L'Association interprofessionnelle du coton (AIC) prévoit une production de 602 773 tonnes pour la campagne 2026-2027, soit une progression d'environ 13 % par rapport à la précédente saison. Mais le gouvernement voit plus grand. Le président Romuald Wadagni a fixé le cap des 700 000 tonnes et promis une prime supplémentaire de 10 FCFA par kilogramme aux producteurs si cet objectif national est atteint.

Parallèlement, les mesures d'encadrement de la commercialisation se mettent en place. Le 21 septembre 2026, l'Agence nationale de normalisation, de métrologie et du contrôle qualité (ANM) a lancé la vérification des bascules et ponts-bascules dans les usines d'égrenage. Cette opération vise à garantir la fiabilité des instruments de pesage et à sécuriser les transactions entre producteurs et industriels.

Les prix d'achat du coton-graine ont également été homologués. Le kilogramme de coton conventionnel est maintenu à 300 FCFA pour le premier choix et à 250 FCFA pour le deuxième choix. Pour le coton biologique, les prix sont respectivement de 360 FCFA et 310 FCFA.

À travers cette combinaison de technologies, d'innovations agronomiques et de mécanismes de sécurisation des transactions, le Bénin entend donner un nouveau souffle à sa filière cotonnière. Au-delà de l'augmentation des volumes, l'enjeu est de construire une agriculture plus productive, mieux organisée et plus résiliente face aux changements climatiques. Le pari du coton de demain se jouera aussi sur le terrain du numérique.

 

Sources documentaires : Gouvernement du Bénin, Association interprofessionnelle du coton et Agence nationale de normalisation, de métrologie et du contrôle qualité.