Célébrée chaque 11 octobre, cette journée remet au centre des préoccupations le droit des filles à l’éducation, à la protection et à un avenir meilleur. Au Bénin, les statistiques disponibles sur les grossesses en milieu scolaire soulignent l’ampleur du défi, même si le nombre exact de filles déscolarisées pour cette raison reste à établir.
Chaque 11 octobre, le monde célèbre la Journée internationale de la fille, une initiative instituée par l’Assemblée générale des Nations unies en 2011. Portée notamment par l’UNICEF, cette journée vise à défendre les droits des filles, à promouvoir l’égalité des chances et à mobiliser les pouvoirs publics ainsi que les communautés autour des obstacles qui compromettent leur épanouissement. Au Bénin, cette célébration prend une résonance particulière au regard des défis liés au maintien des adolescentes à l’école, notamment face aux grossesses précoces.
L’accès à l’éducation constitue l’un des principaux leviers de l’autonomisation des filles. Pourtant, pour certaines adolescentes, une grossesse survenue pendant la scolarité peut bouleverser le parcours scolaire, fragiliser les perspectives professionnelles et accentuer les difficultés économiques et sociales. Entre responsabilités précoces, stigmatisation et contraintes familiales, le risque d’abandon des études demeure une préoccupation pour les acteurs de l’éducation et de la protection de l’enfance.
Grossesses en milieu scolaire : des chiffres qui interpellent, l’urgence d’agir
Les données disponibles au Bénin mettent en évidence la nécessité de renforcer la prévention. Selon les statistiques rapportées dans le Programme national pour l’accélération de l’éducation et du bien-être des filles, publié en juillet 2024, les taux de grossesses en milieu scolaire enregistrés en 2021 variaient selon les classes. Ils étaient de 0,1 % en sixième, 0,2 % en cinquième, 0,5 % en quatrième et 1,3 % en troisième. Un taux de 1,3 % était également rapporté en terminale.
Ces chiffres illustrent la présence du phénomène dans le système éducatif et invitent à intensifier les actions de sensibilisation, particulièrement au cours de l’adolescence. Ils doivent toutefois être interprétés avec prudence : ils ne permettent pas, à eux seuls, de déterminer le nombre total de filles ayant abandonné l’école à la suite d’une grossesse.
À l’échelle départementale, d’autres données donnent un aperçu de l’ampleur du problème. Dans l’Atacora, une étude menée entre 2017 et 2020 a rapporté 953 grossesses en milieu scolaire et 1 289 grossesses dans les milieux d’apprentissage. À Comè, dans le département du Mono, 41 cas de grossesses en milieu scolaire ont été signalés pour l’année scolaire 2023-2024. Ces statistiques locales témoignent de la persistance du phénomène, sans pour autant constituer un bilan national.
Au-delà des chiffres, les conséquences peuvent être considérables. Les absences répétées, les difficultés financières, la stigmatisation et la prise en charge d’un enfant peuvent compliquer la poursuite des études. Certaines jeunes filles parviennent à reprendre les cours, tandis que d’autres risquent de quitter durablement le système éducatif, faute d’accompagnement adapté.
Face à cette réalité, la prévention des grossesses précoces doit aller de pair avec la lutte contre les violences et le harcèlement sexuels, l’accès à une information appropriée sur la santé sexuelle et reproductive ainsi que la responsabilisation des auteurs, dans le respect des dispositions légales. Les établissements scolaires, les familles, les services sociaux et les autorités éducatives ont chacun un rôle à jouer.
La protection des filles enceintes et des jeunes mères constitue également un enjeu majeur. Plutôt que de les condamner à l’exclusion, les dispositifs d’accompagnement doivent favoriser la poursuite ou la reprise de leur scolarité, sans discrimination. Une grossesse ne devrait pas signifier automatiquement la fin d’un parcours éducatif.
En célébrant la Journée internationale de la fille, le Bénin est ainsi appelé à transformer les engagements en actions concrètes. Garantir l’accès des filles à l’école ne suffit pas : il faut aussi créer les conditions de leur maintien dans le système éducatif et de leur réussite.
L’enjeu est de taille. Une fille qui achève sa scolarité dispose de meilleures possibilités de développer son autonomie, de participer à la vie économique et sociale et de construire son avenir. Pour mesurer précisément les progrès accomplis, la publication de statistiques nationales récentes sur les grossesses en milieu scolaire, les abandons qui leur sont liés et les reprises d’études apparaît indispensable.
La Journée internationale de la fille doit donc dépasser le cadre d’une simple commémoration. Elle rappelle une exigence fondamentale : aucune adolescente ne devrait voir ses chances d’avenir compromises faute de protection, d’accompagnement ou d’accès à l’éducation.
Par ✍️ Zacharie GANGBO
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