Présentée officiellement mercredi 23 septembre 2026 au Palais de la Marina, la réforme des Pôles de développement territorial entre dans sa phase opérationnelle. Le dispositif entend rapprocher davantage les politiques publiques des réalités locales, améliorer la coordination des interventions et accélérer la création de richesses dans les territoires.

Une nouvelle étape s’ouvre dans la réforme de la gouvernance territoriale au Bénin. Le Palais de la Marina a accueilli, mercredi 23 septembre, la cérémonie de présentation du document d’orientation et de cadrage consacré aux Pôles de développement territorial. Autour du Président de la République, Romuald Wadagni, étaient notamment réunis le président de l’Assemblée nationale, les membres du Conseil économique et social, les préfets, les maires des 77 communes ainsi que les membres du Gouvernement.

Présentée par le Secrétaire général de la Présidence de la République, Aristide Djidjoho, et le ministre de la Décentralisation et de la Gouvernance locale, Janvier Yahouédéhou, la réforme vise à donner une nouvelle impulsion au développement à la base. Elle repose sur la création de six Pôles de développement territorial, conçus comme des espaces de coordination et de valorisation des potentialités économiques et sociales des territoires.

Les Délégués généraux pour coordonner, pas pour remplacer les autorités locales

Au cœur du nouveau dispositif figurent les Délégués généraux de pôle. Leur rôle mérite d’être distingué de celui des autorités déjà en place dans l’organisation territoriale de l’État.

La réforme ne crée pas une nouvelle autorité hiérarchique placée au-dessus des préfets ou des maires. Les préfets conservent leurs missions de représentation de l’État, de coordination des services déconcentrés et de tutelle administrative des communes. Les maires, pour leur part, continuent d’exercer les compétences qui leur sont dévolues dans le cadre de la décentralisation.

Les Délégués généraux auront, quant à eux, vocation à coordonner les actions de développement à l’échelle des pôles et à veiller à la cohérence et à l’effectivité des projets territoriaux. Leur mission s’inscrit donc dans une logique de complémentarité avec les institutions existantes.

Le Président de la République a demandé que ces responsables résident dans leurs pôles respectifs et soient régulièrement présents sur le terrain. Cette proximité doit leur permettre de mieux appréhender les réalités locales, de suivre les projets et de faire remonter les difficultés comme les progrès enregistrés.

Six pôles pour valoriser les potentialités des territoires

La nouvelle organisation ne se superpose pas strictement au découpage administratif actuel. Les six pôles regroupent plusieurs communes et, dans certains cas, plusieurs départements.

Le Nord-Est regroupe l’Alibori et le Borgou, tandis que le Nord-Ouest rassemble la Donga et l’Atacora. Le Centre réunit les Collines et le Zou. Au Sud, le Sud-Est couvre l’Ouémé et le Plateau, le Sud-Ouest associe le Mono, le Couffo et une partie de l’Atlantique, tandis que le Grand Nokoué concerne le Littoral ainsi qu’une partie de l’Atlantique et de l’Ouémé.

Cette organisation vise à rapprocher des territoires présentant des potentialités complémentaires et à favoriser une meilleure mutualisation des initiatives de développement.

Trois priorités structurent cette démarche : réduire l’extrême pauvreté, renforcer le capital humain et créer davantage de richesses à la base. Les Délégués généraux devront notamment contribuer au suivi des programmes destinés aux agriculteurs, aux éleveurs, aux pisciculteurs et aux populations vulnérables.

Une gouvernance davantage orientée vers les résultats

La réforme introduit également une logique d’évaluation des performances. Les résultats obtenus dans les différents pôles devront être appréciés à partir d’indicateurs permettant de mesurer les effets concrets des politiques et projets mis en œuvre.

L’installation des Délégués généraux et de leurs équipes doit intervenir progressivement à partir du quatrième trimestre 2026. Ils auront notamment à engager les concertations avec les acteurs locaux, à identifier les moteurs de croissance propres à chaque territoire et à contribuer à la définition des projets prioritaires.

Un premier bilan est prévu au terme de la première année d’exercice. Il devra permettre d’apprécier les résultats obtenus et les effets de la réforme sur le développement des territoires.

L’État mise aussi sur la mobilisation des acteurs locaux

Au-delà de l’architecture institutionnelle, Romuald Wadagni a insisté sur la nécessité d’un changement de comportement des acteurs locaux. Le chef de l’État a notamment appelé les cadres à s’impliquer davantage dans le développement de leurs localités d’origine.

Il a également invité les maires, préfets et autres responsables locaux à renforcer leurs efforts contre l’insalubrité, les déchets et l’indiscipline. La « tolérance zéro » évoquée sur ces questions devra, selon les orientations données par le Président, privilégier l’exemplarité, la pédagogie et la responsabilisation plutôt que la brutalité.

La réforme des Pôles de développement territorial apparaît ainsi moins comme une nouvelle strate administrative que comme un mécanisme de coordination et de pilotage du développement à l’échelle de territoires regroupant plusieurs communes. Son efficacité dépendra désormais de la capacité des différents acteurs — État déconcentré, collectivités territoriales, secteur privé et autres forces vives — à articuler leurs responsabilités autour d’objectifs communs et de résultats mesurables.

 

✍️ Zacharie GANGBO